Chapitre I

Mon chemin

Pascale Destrel

Je m’appelle Pascale Destrel et j’ai 60 ans.

Aujourd’hui, le jeûne occupe une place centrale dans ma vie. Le transmettre est pour moi bien plus qu’une activité professionnelle : c’est presque une mission.

Mais pour comprendre comment j’en suis arrivée là, il faut revenir plusieurs années en arrière.

La maladie

Il y a environ trente ans, j’ai contracté la maladie de Lyme, une infection transmise par les tiques. À l’époque, cette maladie était encore très mal connue et mal diagnostiquée. Dans mon cas, elle a évolué pendant plusieurs années dans une forme d’incompréhension, voire d’incompétence médicale générale.

La maladie s’est installée progressivement. Au début presque silencieux, les symptômes ont rapidement pris de l’ampleur : une fatigue constante, des douleurs musculaires dans tout le corps, des difficultés de concentration.

Mais l’un des symptômes les plus troublants était la paralysie qui se promenait dans mon corps : dans mes bras, dans mes jambes, parfois même dans mon visage. Ces épisodes arrivaient sans prévenir et pouvaient durer plusieurs heures, parfois plusieurs jours.

Mon état de santé s’est dégradé durant des années sans que personne ne parvienne à m’expliquer ce qui se passait.

Puis, un jour, mon corps a lâché.

Au printemps 2001, je suis tombée dans un état proche du coma. C’est à ce moment-là que des examens médicaux approfondis ont enfin été réalisés. Ils ont confirmé une infection massive par la bactérie de la borréliose.

J’ai alors suivi un traitement antibiotique très lourd pendant plusieurs mois. Je garde très peu de souvenirs de cette période, mais ces antibiotiques m’ont sauvé la vie.

Une fois les traitements terminés, la médecine conventionnelle m’a déclarée guérie. Si, sur le papier, tout allait bien, dans la réalité je ne pouvais pas vivre normalement.

Une longue errance

J’ai entrepris alors une errance dans le vaste monde des soins non conventionnels, à la recherche d’une pratique efficace.

Ainsi, j’ai essayé différents régimes alimentaires, parfois très stricts. J’ai eu des soins dentaires sous hypnose pour enlever les amalgames. J’ai pris des traitements homéopathiques préparés spécialement pour moi, basés sur l’analyse des toxiques retrouvés dans mes cheveux. J’avais grandi dans une région industrielle de Belgique fortement exposée aux métaux lourds.

J’ai également suivi un protocole d’auto-vaccins préparés à base de mes selles. Pendant plusieurs mois, je me suis injecté chaque jour ces préparations. Puis il y a eu la chromothérapie, l’hypnose, la kinésiologie, l’EMDR, la sophrologie… des séances chez des psychologues, des guérisseurs…

Certaines de ces approches m’ont apporté un léger mieux, mais jamais de manière durable.

Le tournant

C’est dans un état d’épuisement avancé que je suis retournée voir mon naturopathe, Xavier.

Nous avons évoqué l’éventualité d’entreprendre un jeûne long. C’était la seule chose que je n’avais pas encore essayée.

L’idée me terrorisait. Arrêter de manger me paraissait si dangereux ! Mon corps était déjà extrêmement fragile. J’avais du mal à imaginer qu’il puisse supporter cela.

En désespoir de cause, j’ai décidé de tenter l’expérience. Je me suis inscrite à un stage de jeûne accompagné par Gertrud Bölling, au monastère Saint-Honorat, sur l’île de Lérins, en face de Cannes.

Jeûner dans un monastère

Le départ

Me voilà partie pour six jours de jeûne façon Buchinger, la trouille au ventre !

Le jour du départ, j’ai pris le bateau pour rejoindre l’île. Dès que le bateau a quitté le port, la panique m’a envahie. Une peur tellement forte que je me suis précipitée vers le capitaine pour lui supplier de me faire descendre du bateau.

Le capitaine a refusé. Le bateau avait déjà quitté le port.

À ce moment-là, j’ai senti une main ferme qui s’est posée sur mon épaule. C’était Gertrud Bölling. Elle m’a calmement obligée à venir m’asseoir à côté d’elle. Elle est restée avec moi pendant toute la traversée.

Avec le recul, je sais que ce moment a été décisif. Sans son intervention, je ne serais jamais allée jeûner. Elle m’a sauvé la vie.

L’arrivée sur l’île

Arrivée sur l’île de Lérins, loin de mon quotidien, je traîne mon énorme valise.

À l’intérieur, il n’y avait pas seulement les trente-deux comprimés que je prenais chaque jour.

Elle contenait surtout des années de souffrances et toutes mes peurs.

Gertrud l’a vue et m’a simplement dit que, pendant ce jeûne, nous allions laisser le corps s’exprimer librement, avec toute son intelligence et sans l’entraver.

Cette idée était nouvelle pour moi. Depuis des années, je cherchais surtout à soutenir mon corps, à corriger les symptômes, à contrôler ce qui n’allait pas. Là, il s’agissait de lui faire confiance ?

L’expérience intérieure

Malgré le soutien de Gertrud, les premiers jours ont été difficiles. J’étais très fatiguée, nauséeuse, avec des douleurs intenses partout dans mon corps. Je doutais souvent.

Un après-midi — je pense que c’était le troisième jour — je me suis assise devant une petite chapelle templière sur l’île. Je suis restée là un moment, simplement assise dans le calme.

Et là, j’ai vécu quelque chose de très particulier… Comme si, pour la première fois, j’acceptais d’écouter mes cellules qui me parlaient.

Elles semblaient me dire : « Laisse-nous tranquilles maintenant. Donne-nous simplement la liberté de faire notre travail. »

J’ai senti que mon corps savait exactement quoi faire. Il ne voulait plus être bridé.

Encouragée et confiante jusque dans les profondeurs de mon corps, une petite flamme de vitalité a pu se rallumer. Depuis ce jour, je jeûne régulièrement et j’entretiens ma vitalité avec… rien.

Une borne sur le chemin

Ce premier jeûne a été comme une borne sur le chemin de ma vie.

Je venais de faire le premier pas vers la bonne vitalité qui allait m’amener, quelques années plus tard, à transmettre cette pratique à d’autres.

Transmettre à mon tour

Le projet d’ouvrir un centre de jeûne et randonnée est né en 2013, encouragé par Gertrud Bölling.

Pour le réaliser au sein de la Fédération Francophone de Jeûne et Randonnée, j’ai dû retourner à l’école. J’ai suivi une formation à l’Institut Supérieur de Naturopathie à Paris, puis obtenu un brevet d’accompagnatrice de randonnée pédestre.

Quand j’y repense, j’en ressens encore une profonde fierté. Quelques années auparavant, certains médecins m’avaient annoncé que je finirais probablement en fauteuil roulant.

Avant cela, j’avais déjà entrepris une formation de Sophrologie Caycédienne. Formée par Alfonso Caycedo, le fondateur de la discipline, je cherchais initialement à apprivoiser mes douleurs et à apprendre à gérer l’énergie limitée dont je disposais chaque jour.

Au départ, mon parcours était tout autre : j’ai un master 2 d’histoire moderne obtenu à Katholieke Universiteit Leuven, en Belgique mais j’ai surtout travaillé dans l’immobilier en France.

La vie m’a conduite vers un chemin que je n’aurais jamais imaginé emprunter.

Le Clos du Chevalier

Le Clos du Chevalier, Centre Lotois de Jeûne et Randonnée, a ouvert ses portes en février 2018.

Dans cette commanderie templière puis hospitalière dont les origines remontent au XIIᵉ siècle, une vingtaine de stages sont organisés chaque année. J’y accompagne des jeûneurs de tous âges et de tous horizons pour une pause salutaire. Organiser ces stages, c’est aussi renouer avec la vocation initiale de ce lieu historique : l’accueil et la bienveillance.

Soutenue par mon mari et mon équipe pluridisciplinaire, près de 2000 personnes y ont déjà séjourné… sans manger et heureuses.

Aujourd’hui

Aujourd’hui, armée de connaissances et d’expériences, je me sens prête à partager avec vous ma vision de la pratique du jeûne au XXIᵉ siècle.

Car si cette aptitude nous vient de notre passé, il est temps de l’adapter à notre époque.

Revisitée, confortable et efficace, elle pourrait bien devenir une clé indispensable à notre santé future.