Chapitre 2

Le paradoxe de l’abondance

Survivants de la préhistoire, nous sommes catapultés dans un monde d’abondance

Le décalage entre notre biologie et notre environnement alimentaire est abyssal.

Nous sommes des survivants de la préhistoire.

Pendant des centaines de milliers d’années, l’être humain a vécu comme chasseur, pêcheur et cueilleur nomade. Il ne mangeait pas à heures fixes, ni trois fois par jour. Il mangeait quand il trouvait de la nourriture.

Au gré des longues marches, parfois quelques baies ramassées, quelques racines déterrées… un petit gibier tué.

Et soudain : l’abondance.
Le mammouth tombe. C’est la fête.

Alors il mangeait - Sans compter - Par nécessité - il mangeait vite – Beaucoup - il s’engraissait.

Cette graisse corporelle emmagasinée constituait son kit de survie pour la période de manque, parfois très longue, qui allait suivre. Car il n’y avait ni moyen de conserver, ni moyen de transporter.

Il fallait tout manger - Sur place - Tout de suite.

Un corps programmé pour survivre

Le corps humain s’est donc programmé pour cette alternance entre abondance et manque. Il a appris à stocker l’énergie lorsque la nourriture était disponible, puis à vivre sur ses réserves lorsque les jours de disette arrivaient.

Mais cette incertitude permanente était profondément anxiogène. Intergénérationnelle et à durée indéterminée, elle menaçait de tuer et de compromettre la survie de l’espèce humaine.

La quête humaine : ne plus manquer

Pour sécuriser les apports alimentaires et réduire le risque de famine, l’humanité a progressivement transformé son mode de vie. Les populations chasseurs-pêcheurs-cueilleurs nomades se sont sédentarisées, développant l’agriculture et l’élevage. Les humains ont appris à stocker, transformer, conserver, échanger, vendre et produire toujours plus, toujours plus vite.

Toute l’évolution des sociétés humaines semble s’être construite autour d’un objectif simple : ne plus manquer de nourriture.

Et nous avons remarquablement bien réussi ce défi.

Aujourd’hui, la nourriture est à portée de main, en abondance, à tout moment, toute l’année.

Un paradoxe moderne : un homme préhistorique devant un frigo

Et soudain : le frigo s’ouvre.
Il est plein. C’est la fête.

L’homme préhistorique est catapulté dans le XXIᵉ siècle. Devant son réfrigérateur ouvert, à la place du mammouth, il découvre des étagères remplies de fromages, de fruits, de viandes, de céréales, de sucreries et de boissons… une profusion de nourriture fraîche et alléchante.

Alors il salive – il dévore - Sans compter - sans nécessité - il mange vite – Beaucoup - il s’engraisse.

Il faut tout manger - Sur place - Tout de suite.

Sauf qu’au jour d’aujourd’hui, demain il y en aura encore. Le problème n’est plus de trouver à manger. Le problème est de savoir s’arrêter.

Un héritage toujours présent

L’homme préhistorique, c’est vous et moi.

L’industrie agroalimentaire exploite à merveille cette faiblesse ancestrale grâce à un marketing ciblé qui s’adresse directement à notre cerveau préhistorique.

Dans un monde où la nourriture est disponible en permanence, ces pulsions alimentaires héritées de notre passé préhistorique finissent par se retourner contre nous et porter atteinte à notre santé.

Ce qui était autrefois un mécanisme de survie devient, dans un monde d’abondance permanente, un facteur de déséquilibre pour notre santé.

Nous vivons au XXIᵉ siècle avec un corps programmé pour la préhistoire. Au plus profond de notre biologie, chacune de nos cellules aspire à ce rythme ancestral : manger… puis ne pas manger.

Le jeûne n’est ni une mode ni une privation. C’est un retour à notre biologie véritable.

Encadré

Aujourd’hui, dans nos contrées, jeûner est un choix volontaire.

Pratiqué à durée déterminée et dans une optique de bien-être, il réveille chez certains cette peur ancestrale du manque.

À ajouter : la digestion mobilise environ 30 % de l’énergie corporelle, ce qui souligne l’impact physiologique du repos digestif.