Chapitre 4

L’hormèse : le stress adaptatif joue un rôle vital.

Hormèse

Un organisme conçu pour s’adapter

Pour que l’espèce humaine, depuis la nuit des temps, ait pu survivre dans des environnements difficiles voire hostiles, il a développé des mécanismes physiologiques performantes, lui permettant de résister au froid, à la chaleur, à l’effort physique ou encore aux périodes de manque alimentaire.

Face à ces contraintes, l’organisme réagit et se réajuste. L’exposition au froid déclenche des mécanismes de thermorégulation et active certaines réponses hormonales. L’activité physique stimule la circulation sanguine, renforce les muscles et améliore la capacité cardiovasculaire. L’absence temporaire de nourriture conduit l’organisme à mobiliser ses réserves énergétiques afin de maintenir les fonctions vitales.

Si ces réponses physiologiques permettent au corps humain de maintenir son équilibre et de s’adapter aux conditions ponctuelles de son environnement, elles sont aussi les garants de son fonctionnement optimal à long terme.

L’amélioration progressive du confort de vie

Au fil du temps, l’être humain a naturellement cherché à améliorer ses conditions de vie. Cette recherche de confort s’inscrit dans une logique de protection et de sécurité pour les individues mais également dans l’optique de la survie de l’espèce.

Et aujourd’hui il a très bien réussi !

La température de nos habitations est désormais maintenue constante tout au long de l’année. Les moyens de transport facilitent les déplacements et réduisent les distances parcourues à pied. Les outils et les machines diminuent l’effort physique nécessaire à de nombreuses tâches. L’éclairage artificiel prolonge les activités au-delà du cycle naturel du jour et de la nuit. Enfin, une grande partie des activités professionnelles et des loisirs se déroule aujourd’hui en position assise.

Ces évolutions ont indéniablement amélioré les conditions de vie, réduit de nombreuses contraintes physiques du quotidien et contribué à l’allongement de l’espérance de vie. Elles se sont également accompagnées de progrès majeurs en matière d’hygiène et de santé publique. Mais trop de confort pose problème !

Le paradoxe du confort de vie

Aujourd’hui, les mécanismes naturels d’adaptation de l’organisme sont beaucoup moins sollicités.

Des fonctions biologiques peu stimulées finissent progressivement par perdre en efficacité.

C’est ce que l’on peut appeler le paradoxe du confort du XXIᵉ siècle : en réduisant fortement les contraintes physiques et environnementales, notre mode de vie sollicite beaucoup moins les mécanismes d’adaptation qui entretiennent naturellement la robustesse de l’organisme.

L’hormèse : un principe biologique d’adaptation

C’est précisément ce principe que décrit le phénomène d’hormèse.

L’hormèse correspond à une réponse adaptative favorable de l’organisme lorsqu’il est exposé à un stress modéré et temporaire. Dans ces conditions, la contrainte agit comme un signal biologique qui active différents mécanismes de protection, de réparation et d’optimisation du fonctionnement cellulaire.

Lorsque la stimulation est suffisante pour provoquer une adaptation mais reste limitée dans le temps et dans son intensité, l’organisme renforce ses capacités de résistance.

Ce phénomène est aujourd’hui largement étudié en biologie et en physiologie, notamment dans les domaines de la longévité, de la prévention et de la performance physique et cognitive.

Les mécanismes biologiques de l’hormèse

Plusieurs mécanismes cellulaires interviennent dans la réponse hormétique.

Certaines contraintes stimulent la production de protéines de choc thermique (HSP), qui participent à la réparation des protéines cellulaires et à la protection des cellules face au stress.

La production de glutathion, l’un des principaux antioxydants de l’organisme, peut également augmenter afin de neutraliser les radicaux libres.

Au niveau du cerveau, la libération du BDNF favorise la plasticité neuronale et contribue au maintien des fonctions cognitives.

D’autres mécanismes interviennent également, comme l’augmentation de certaines hormones impliquées dans la régénération des tissus.

Certains stress métaboliques activent par ailleurs l’autophagie, un processus de nettoyage cellulaire qui permet d’éliminer les composants endommagés et de recycler les structures internes des cellules.

L’ensemble de ces adaptations contribue à renforcer la capacité de l’organisme à faire face aux contraintes futures.

Une pratique aujourd’hui volontaire

Dans ce contexte, la pratique de l’hormèse peut être envisagée comme une réintroduction volontaire de contraintes physiologiques modérées, destinées à stimuler les mécanismes naturels d’adaptation de l’organisme.

Parmi ces pratiques, le jeûne volontaire du XXIᵉ siècle occupe une place particulière. Pratiqué de manière consciente, encadrée et limitée dans le temps, il constitue une forme de stimulation métabolique capable d’activer plusieurs mécanismes d’adaptation de l’organisme.

Le jeûne mobilise notamment les réserves énergétiques, favorise la production de corps cétoniques et stimule certains processus de réparation cellulaire.

Plus loin dans cet ouvrage, nous détaillerons les différents paliers physiologiques du jeûne et comment le corps tire profit de ces adaptations en chaine.

Les principales formes de stimulations hormétiques

L’hormèse thermique correspond à l’exposition au froid ou à la chaleur. Elle comprend par exemple les douches froides selon la méthode Kneipp, les bains froids, la cryothérapie, le sauna ou l’alternance chaud-froid.

Livre hormèse

L’hormèse liée à l’activité physique comprend les exercices intenses comme les entraînements fractionnés de haute intensité (HIIT), le renforcement musculaire, l’endurance ou d’autres activités physiques exigeantes.

L’hormèse respiratoire et hypoxique correspond aux situations dans lesquelles la disponibilité en oxygène est temporairement réduite. Elle inclut notamment les exercices d’apnée, l’entraînement en altitude ou certaines techniques respiratoires comme celles popularisées par la méthode Wim Hof.

Livre respiration et apnée

Enfin, certaines formes d’hormèse environnementale sont liées à l’exposition aux conditions naturelles, comme la marche prolongée ou l’exposition aux variations naturelles de lumière, au soleil, …

L’idée constante est de sortir de sa zone de confort, de mettre de façon volontaire et mesurée le corps au défi, pour l’obliger à mobiliser ses ressources d’adaptation et de défense.

L’humain est naturellement attiré par le moindre effort, il est peut-être même faignant. C’est une des raisons pourquoi les activités hormétiques, pratiquées en groupe ou avec un coach seront plus efficaces !